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Avec un taux de prévalence contraceptive de 7,9 pour cent depuis 2011 (EDS), le Bénin est l’un des pays au bas du classement des pays africains où l’usage des méthodes contraceptives pour contrôler les naissances est une réalité. La planification familiale dont l’un des objectifs est de prévenir les grossesses non désirées peine à entrer dans le quotidien des béninois. Même si les femmes tendent à comprendre son importance, elles ont besoin encore de l’accompagnement des hommes, leurs conjoints, pour lever certaines barrières socioculturelles. En quoi les hommes sont ils concernés par la planification familiale ? Que bénéficient-ils en soutenant leurs conjointes dans le choix d’une méthode appropriée de contraception ? Autant de questions que les services de santé et de reproduction, les structures de défenses de la santé des femmes doivent aborder davantage pour faire des hommes le partenaire des femmes dans le contrôle des naissances, de la lutte contre les grossesses non désirées et loin de la mortalité maternelle.

Une mère africaine avec ses enfants. Photo: google images

Une mère africaine avec ses enfants. Photo: google images

10h25 à la place Bayol de Porto-Novo ce samedi. Les conducteurs de taxi-moto communément appelés « zémidjan » sont là assis sur leurs engins à commenter l’actualité pêle-mêle selon leur ordre d’importance. De l’impossibilité pour le gouvernement de lutter contre le trafic de l’essence de contrebande au manque d’information sur le régime d’assurance maladie universelle (ramu) en passant par les élections, la cherté de la vie, rien n’échappe aux commentaires de ses hommes en blouses jaunes. A quelques dizaines de mètres sous le grand arbre un autre groupe de cinq zémidjans a créé un débat au centre duquel un certain Tozé, ainsi l’appellent ces amis, est seul contre tous. D’autres rejoignent le débat pour y donner leurs points de vue. « Moi, je dis haut et fort qu’aujourd’hui vous devez amener vos femmes au planning pour éviter la situation de Jean qui sait retrouver aujourd’hui avec cinq enfants qu’il entretien difficilement. Le petit bébé a failli mourir la dernière fois et c’est même grâce à vous qu’on l’a aidé. Combien gagnons-nous dans ce métier pour entretenir cinq enfants ? Toi Avé combien d’enfants as-tu ? Trois non ? Tu ferais mieux d’aller au planning avec ta femme pour prendre un peu de temps à investir sur les trois… » argumente le conducteur Tozé au milieu de ses pairs. Un autre interrompt son argumentaire. C’est Ahikoun qui commente « qu’est-ce-qui fait mon problème dans affaire de planning ? Je ne suis pas femme et en plus ma femme ne peut même pas aller faire planning sans mon autorisation parce que c’est moi qui décide de ce qui est bon dans mon foyer. Je n’ai jamais dit que je suis fatigué d’avoir des enfants ; d’autres en cherchent et trouvent pas et vous parler de planning » et Tozé réplique aussitôt « Ahikoun ! Paix à l’âme de ta femme. C’est en accouchant qu’elle est décédée non ? Avec le bébé n’est-ce-pas ? Son dernier garçon qu’elle t’a laissé avait quel âge ? Neuf mois ou dix ? Si tu faisais le planning elle ne serait pas tombée enceinte si tôt et serait peut être encore en vie maintenant…».Un bus en provenance de Cotonou s’immobilise devant la Maison Internationale de la Culture, les débatteurs se précipitent pour démarcher les clients laissant la discussion inachevée. Tozé, l’homme qui sensibilisait ses camarades à l’importance de la contraception dans la planification familiale, a un client. Le débat s’arrête là. Peut être reprendra t-il plus tard !

L’homme et les méthodes contraceptives modernes de la femme

Le débat que nous avons surpris dans le rang de cette frange de la couche sociale que constituent les conducteurs de taxi-moto est loin d’être moins pertinent. Au contraire, il lève un coin de voile sur un grand facteur limitant l’acceptation des méthodes contraceptives qui constitue l’un des volets de la planification familiale.

L’homme de nos jours doit être un acteur de la réussite de la planification familiale au coté de la femme qui jusque là est considérée comme la cible directe de ce service qui regroupe un ensemble de prestation à savoir la contraception, la prévention et le traitement de l’infertilité et de la stérilité, la prévention et le traitement des pathologies sexuelles y compris les Ist/Vih/Sida. « Bien sur que la femme est fortement impliquée dans la planification familiale mais les retombées positives sont plus à l’avantage de l’homme, son conjoint, qu’elle-même, au delà de l’aspect prévention des grossesses non désirées ou du temps qu’elle dispose pour avoir un bon espace entre deux naissances. Mais pour l’homme les avantages sont nombreux et dénotent du pourquoi les hommes doivent accompagner leurs femmes dans les centres ou les services de planification sont offerts pour le choix d’une méthode pour le couple » explique Madame Catherine COGUE sage-femme en service à l’Agence Béninoise pour la Planification Familiale (Abpf) des départements de l’Ouémé-Plateau.

En effet, il est démontré que le conjoint qui accompagne sa femme ou l’autorise à choisir une méthode de contraception appropriée, à la paix du cœur et surtout la conviction qu’une grossesse ne surviendra tant que le couple ne décide d’avoir un enfant. Cela apporte plus de temps pour l’homme de se concentrer sur ses projets de développement qu’à se focaliser sur la santé d’une femme enceinte surtout quand la grossesse n’est pas désirée. Pour exemple, dans un couple ayant déjà deux ou trois enfants, le choix d’une méthode contraceptive permet à l’homme qui est dans nos sociétés par ici le garant du bien être de la famille, de mieux investir sur les enfants existants, de mieux épargner des ressources pour d’autres investissements puisqu’il n’aura plus à investir sur une nouvelle grossesse qu’il n’a pas prévue. Sa femme, en revanche se portera davantage mieux parce qu’elle aura assez de temps pour récupérer des précédentes naissances et donc les dépenses liées à la santé de la mère et de la grossesse connaitront une baisse considérable. Mais encore si c’est un couple ou la femme travaille, elle pourra normalement se consacrer à ces activités génératrices de revenus et contribuer aux dépenses du foyer comme l’a toujours souhaité les conjoints. Ce qui en réalité sera impossible si la femme à toujours un bébé à la charge. Résultat, l’homme à une famille simplement épanoui, une famille à la hauteur de son train de vie. Mais nous en sommes encore loin de là !

Agir dans l’esprit des hommes

Dans notre pays où les ressources sont très limitées, les hommes doivent comprendre que chacun peut s’assurer un certain bien être social si les dépenses dans la grossesse, la mère et l’enfant sont limitées. « Quel avenir peut-on assurer à quatre petits enfants et une mère en vivant avec moins de mille francs Cfa par jours ? » s’interroge G. Célestine, femme de forgeron, qui poursuit « on m’a parlé de planning familial au centre de santé mais quand je l’ai informé de cette possibilité pour qu’on arrête un peu, il m’a dit si je veux pas faire d’enfant je peux retourner chez mes parents avec les miens. Je n’ai plus évoqué cela dans la maison ».Assis là à éplucher du manioc, la jeune Célestine a, à peine le temps de répondre aux sollicitations de ses enfants. L’ainé, un garçon, a moins de cinq ans. Elle à quatre enfants sous la main, le dernier geste étant des jumeaux encore sous allaitement. « Je suis fatiguée » dit-elle « avant, j’allais au Nigéria pour le commerce du pétrole et de biscuit. Aujourd’hui qu’est-ce-que je peux faire ? A qui je vais laisser tout ça pour aller au Nigéria ; c’est parce que j’ai peur de leur papa sinon j’aurais fais moi-même le planning et je n’aurai pas ces jumeaux maintenant. Mes camarades continuent leur commerce. Moi je suis là alors que leur papa ne vend même pas assez ce qu’il fabrique » .Sa compagne de circonstance dame Ahossi s’introduit dans la discussion et apporte son témoignage constructif « moi je n’ai que trois enfants mais ça me va. Le dernier est en classe de CE2 maintenant. C’est depuis qu’il a deux ans que son papa même m’a accompagné un matin à planning (ainsi désigne t-elle Abpf).J’ai choisi l’une des méthodes que l’agent de santé nous a présenté et c’est comme ça j’ai commencé avec le planning. Mes amies m’ont dit plus tard que je ne ferai plus d’enfant mais c’est faux parce que j’ai vu de mes propres yeux la maitresse d’école qui est ma voisine faire un enfant alors qu’elle faisait bien avant moi ».Pourquoi l’époux de cette dernière a choisi cette option ? Il nous confie qu’il ne sert à rien de faire des enfants juste pour le plaisir de faire. « Si vous faites des enfants et qu’à la longue vous ne pouvez pas assurer leur existence, vous êtes un criminel. C’est pourquoi je vais me contenter de mes trois et leur faire ce qu’un père peut faire si Dieu m’accorde la vie parce qu’en retour ce sont eux qui vont assurer mon existence dans ma vieillesse. Avant les parents laissaient des terres en héritage aux enfants aujourd’hui c’est une bonne éducation pouvant déboucher sur une meilleure vie qu’il faut laisser aux enfants » argumente ce dernier, un carreleur d’une quarantaine d’année.

Le constat de nos jours montre que les femmes sont nombreuses à vouloir adopter les méthodes contraceptives pour planifier les naissances mais n’y peuvent rien sans le consentement total de leurs conjoints car l’environnement socioculturel béninois est tel que l’homme est décisionnaire sur un certain nombre de préoccupations dans un couple même si cette décision revient de façon directe à la femme. C’est pourquoi pour repositionner la planification familiale surtout dans son aspect usage de la contraception moderne pour maitriser la fécondité, au-delà de l’information que les femmes ont dans les centres de santé qui offrent ces services, il faudra continuer à agir sur la sensibilité des hommes de manière à leur faire cerner tout le bien qu’ils ont à limiter toute grossesse non désirée et à avoir un enfant quand ils voudront. Si ce défi est relevé, ce sont les hommes mêmes qui inciteront désormais leurs conjointes à adopter cette méthodes pour assurer le bien être de leur santé et par ricochet de la communauté car la femme a plus à apporter à sa communauté quand elle n’est pas sous contrainte d’une grossesse non désirée.

Tag(s) : #Bénin, #Planification familiale, #Santé
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